

Snacking : Analyse d'un nouveau mode
de consommation
UNE NOUVELLE TENDANCE ALIMENTAIRE
Professeur LAMBERT, Sociologue du comportement alimentaire - ENITIAA
En France, au cours de la première moitié du XXème siècle, parallèlement à la réduction de l’activité physique, le nombre quotidien des repas chez l’adulte s’est progressivement réduit à trois voire deux repas principaux par jour. Actuellement, et depuis les années 80, on assiste à une tendance inverse : les prises alimentaires en dehors des repas sont de plus en plus fréquentes. Il s’agit alors de la consommation d’aliments « tout prêts », immédiatement consommables et le plus souvent d’excellente palatabilité (savoureux et agréables au goût).
Importance
actuelle du Snacking dans les pays occidentaux
Aux USA, le comportement de snacking est un comportement alimentaire extrêmement
répandu, notamment chez les jeunes. Dans les années 80-90, il
constituait déjà environ un tiers des ingestats caloriques chez
les juniors, et 90 % ou plus des enfants d’âge scolaire avaient
pour habitude de prendre un snack en cours de matinée, souvent pour
pallier l’absence de petit déjeuner. Il était également
fréquent que ce snack matinal remplace le déjeuner.
Au Canada, une étude rapporte une fréquence de snacking de 36
% au cours de la matinée et de 50 % dans l’après-midi.
En Europe, la tendance snacking, un peu moins en vogue qu’aux USA, est
un phénomène qui prend de l’ampleur : les prises alimentaires
en dehors des repas représentent 20 % des apports énergétiques
totaux. La France compte 92 % de snackers.
Influence
de l'âge et du sexe
Il semblerait qu’il y ait un lien entre la fréquence et l’importance
quantitative du snacking et l’âge. Le snacking existe souvent
dès le plus jeune âge et sa fréquence augmente chez les
enfants plus grands (comme aux USA).
Ce nouveau comportement alimentaire est plus important chez les jeunes, enfants
et adolescents, que chez les seniors. Certains groupes d’adultes, notamment
certaines populations féminines, n’échappent pas au phénomène.
Enfin, on peut noter selon plusieurs études l’absence de différence
significative entre hommes et femmes, garçons et filles pour la fréquence
de consommation de snacks.
L’univers
des prises alimentaires
Appréhender le « snacking » nécessite de situer
cette pratique dans l’univers global des prises alimentaires. Celles-ci
peuvent se caractériser par :
• L’organisation dans le temps : elle comprend la durée
du repas, l’heure et la fréquence de consommation, la régularité,
la valeur accordée aux repas (ex : aspect festif).
• L’organisation dans l’espace : tient compte du lieu de
restauration (domicile/hors domicile), des mobiliers utilisés (à
table ou debout, avec une nappe…), l’utilisation d’ustensiles
(fourchette, couteau…) ou des mains (consommation de sandwichs).
• Le degré de commensalité : il dépend du nombre
de convives présents lors du repas et de leur statut : intimes, amis,
relations professionnelles. Il intègre également des notions
telles que le type de service, le partage, l’ambiance...
• Le contenu : il est déterminé par les aliments proposés
au repas (aliments solides et liquide), leur quantité, et la façon
dont les aliments sont cuisinés (« plats »).
• Le degré de normalisation : il correspond à la structure
du repas (menus), au nom donné à celui-ci (petit déjeuner,
déjeuner, dîner), aux rituels et aux manières de table
liées à un repas précis.
Facteurs
de modèles alimentaires
Ces caractéristiques sont intimement liées entre elles et déterminées dans le cadre de modèles alimentaires par un ensemble de facteurs :
• L’état du corps des individus : celui-ci est variable
selon l’activité, le sexe et l’âge ;
• Les contraintes liées aux activités non-alimentaires
qui entrent en concurrence ou sont associées aux pratiques alimentaires
(pratique d’un sport, travail de nuit…) ;
• Les effets culturels et plus particulièrement les systèmes
de valeurs hiérarchisant le plaisir et/ou la santé.
Codification des prises alimentaires
Les prises alimentaires sont ainsi plus ou moins réglées et
codifiées. Leur degré de ritualisation, de normalisation dépend
:
• de la culture (y compris religieuse…), des groupes sociaux et
de la famille d’appartenance, qui influencent la structure des repas
(nombre de plats, composantes), les noms donnés aux repas (petit déjeuner,
déjeuner, dîner, collation, goûter…). La culture
peut également être à l’origine de rituels et d’habitudes
alimentaires particulières.
• de la pensée magique : le principe d’incorporation et
l’identité qui y est associée, ainsi que la loi de la
contagion et la notion de souillure déterminent les manières
de table.
L’univers des prises alimentaires peut donc se schématiser de la manière suivante :

Facteurs
de développement du Snacking
Plusieurs facteurs contribuent au développement du snacking :
• La démographie : le vieillissement de la population et le nombre
croissant des personnes vivant seules ainsi que la réduction de la
taille des familles favorisent les prises alimentaires individuelles ;
• Les modes de vie irréguliers : l’organisation du travail
(horaires variables, de nuit, déplacements…), l’éloignement
entre le lieu de travail et le domicile, le développement des activités
de loisirs impliquent un accroissement de la restauration hors-domicile
• Le développement des déplacements lié à
la rapidité des moyens de transports et au développement de
l’urbanisation ;
• L’offre alimentaire : l’abondance induit une moindre importance
des notions de partage et de convivialité.
Le développement accru de produits prêts à consommer et
l’essor des nouvelles formes de distribution et de restauration (distribution
automatique, livraison - travail, domicile), stations services…) contribuent
également de manière significative au développement de
ce comportement alimentaire. Notons que 32 % des Français mangent leur
repas de midi sans se mettre à table : rue, transport, travail…
Le snacking s’inscrit également dans la tendance générale
qui est le gain de temps : les courses, les préparations culinaires
(le temps de préparation du repas est passé de 30 minutes à
10 minutes), les repas, sont des moments qu’il faut optimiser car ils
ne font plus partie des priorités actuelles.
Il peut s’intégrer dans des prises alimentaires qualifiées
de repas « déstructurés » ou « simplifiés
» qui sont en progression comme l’ont montré les études
de J.P.
Poulain (2001), sociologue spécialisé dans les comportements
alimentaires :
Les produits élaborés
de Dinde: des produits d'avenir |
|
| Essor
des produits élaborés en 2003 : |
Quel avenir pour
ces produits ? |
| Les derniers résultats Secodip d’Octobre 2003 concernant les produits élaborés de dinde et de volaille affichent des performances remarquables : + 10,3 % de croissance en volume par rapport à 2002. La pénétration atteint 68 % (contre 66,4 % en 2002) des ménages en 2003. Les produits élaborés occupent une place de plus en plus importante dans la consommation de volaille : le volume de volaille consommé sous forme de produits élaborés en 2003 atteint 12 %, soit une augmentation de 1,3 % par rapport à 2002. |
Il semble évident que les produits élaborés de
dinde répondent aux attentes des consommateurs d'aujourd'hui. Le
phénomène snacking existe depuis un moment déjà
et tout porte à croire qu’il s’agit d’un comportement
de consommation amené à s’amplifier sur le long terme.
De même que la dinde a su anticiper les nouvelles exigences des
consommateurs, les produits élaborés ont su s’adapter
au mode de vie et au goût de chacun. Elles ont un temps de conservation
de plusieurs jours voire plusieurs semaines, ce qui permet d'espacer les
achats. Le marché du snacking représente aujourd’hui 4,9 milliards d’euros. Les ménages français consacrent 10 % de leur budget aux produits de snacking et le marché progresse de 5 % par an. Innover est le mot d’ordre actuel pour satisfaire pleinement toutes les catégories de consommateurs. C’est plus de quarante produits qui ont fait leur apparition dans les linéaires ces dernières années. La progression des chiffres de la consommation de produits élaborés de viande de dinde prouve qu’ils ont été adoptés par les Français et qu’ils font partie des nouvelles tendances de consommation. |
Le Snacking comme repas
Dans les repas simplifiés, le snacking peut être considéré comme un substitut au plat principal des « repas complets ». Il pourra ainsi être ainsi composé de charcuteries pâtissières (pizza, quiche, friand…), de burgers, de salades composées…

Le
Snacking hors repas
Le snacking peut se situer dans l’univers défini « hors repas » qui représente une part croissante des prises alimentaires et qui est plus importante qu’on ne l’estime généralement en France où l’on se réfère à un modèle de repas très structurés (J.P. Poulain, 1997).
| Quelques exemples de snacks équilibrés à base de dinde : | ||||
| Catégories | Pourcentage |
|||
| 3 repas + 1 prise au moins le matin + 1 p. au moins l'après-midi | 21,49 % | |||
| Un des 3 repas sauté + 1 prise ou plus | 20,28 % | |||
| 3 repas et moins | 14,64 % | |||
| 3 repas + 1 prise au moins l'après midi | 12,91% | |||
| 3 repas + 1 prise matin + après midi + soir | 10,75 % | |||
| 3 repas + 1 prise au moins le matin | 9,27 % | |||
| 3 repas + 1 prise au moins l'après midi + 1 prise au moins le soir | 5,03 % | |||
| 3 repas + 1 prise au moins le matin + 1 prise au moins le soir | 3,73 % | |||
| 3 repas + 1 prise au moins le soir | 1,91 % | |||
| Total | 100 % | |||
L'influence
anglo-saxone
On peut enfin considérer le snacking comme le résultat de l’influence des modèles alimentaires anglo-saxons sur nos modèles latins.

Conclusion
du sociologue
On assiste parallèlement à deux phénomènes contradictoires
en termes de sociologie et d’alimentation.
D’une part, un maintien de certaines valeurs traditionnelles autour
de la famille et du plaisir comme de se retrouver lors de repas de week-end
et de fêtes avec des proches et des amis.
D’autre part, un développement des phénomènes de
type « snacking » induit par les bouleversements démographiques,
les changements de mode de vie, les influences anglo-saxones et la diversité
des produits proposés par l’industrie agro-alimentaire.
Cette tendance de profonde contradiction reflète assez bien la mentalité
des Français aujourd’hui et dépasse le cadre même
de l’alimentation : ils veulent manger bon et se faire plaisir sans
cuisiner ni perdre de temps, maigrir vite et facilement sans changer leur
alimentation et sans se priver, mais aussi faire du sport sans trop d’effort,
gagner de l’argent sans trop travailler…